lundi 2 juillet 2018

Promenades romaines

A deux pas de la piazza Navona,

San Luigi de’ Francesi, au fond de la nef gauche, la chapelle Contarelli.

Mur gauche, Vocation de Saint Mathieu, une pièce toute simple où les personnages se détachent dans un faisceau de lumière violente, à sa naissance, sur la droite, vous placez deux hommes debout en habits d’époque biblique, Jésus, déjà sur le départ, le bras allongé et la main tendue et Pierre, de dos masquant le corps de Jésus, seule sa main bien visible accompagne le geste du Christ, pointant vers Mathieu, courbé sur la table comptant l’argent du vieil usurier qui le surveille au dessus de son épaule, à moins que le vieil usurier soit en fait Mathieu et le jeune homme un innocent aux mains pleines.
Derrière eux, vous faites mourir le faisceau de lumière brusquement comme si tout était dit.

Juste en face, Marthyre de Saint Mathieu, commesurgi des ténèbres, debout campé sur des jambes musculeuses, le bourreau, jeune homme à moitié nu, au visage une grimace terrifiante de détermination, immobilise en le tenant par le poignet un  Mathieu, à terre, barbu, en chasuble, vous lui faites lever le bras pour tenter de parer le coup ou implorer le ciel, vous êtes seul à le savoir.
Comme posée autour d’eux, une terrible stupeur s’empare des adolescents assistant à la scène et de moi.

Sur l’autel, Saint Mathieu et l’Ange, tous les deux fortement illuminés malgré l’absence de source de lumière, Mathieu en philosophe antique vêtu d’une tunique orange et rouge, auréole dorée presque invisible dans l’ombre, en déséquilibre sur un banc sur lequel vous ne lui laissez pas le temps de s’asseoir sous la pression de l’Ange drapé de blanc et flottant dans les airs lui intimant d’écrire son évangile. 
Et Mathieu s’affaire en état d’urgence d’inspiration.

Sant’Agostino, in campo Marzio, première chapelle de gauche

La Madone des pèlerins, vous placez la Vierge en haut à gauche, dans l’embrasure d’une porte, dans ses bras un  robuste enfant nu et lourd en travers d’un lange. En contrebas à droite, sous la marche qui la supporte, vous agenouillez deux pèlerins, pieds nus et sales, mains rugueuses, visages burinés.
Les mains jointes, leurs bâtons au côté, ils attendent avec moi la bénédiction de la Madone.

Santa Maria del Popolo, piazza del Popolo, chapelle Cerasi
A gauche, la Crucifixion de Saint Pierre, par votre choix d’un cadrage resserré, du décor dépouillé, du fond sombre, vous me ramenez, à l’essentiel, à l’action elle-même, prise sur le vif.  En disposant les personnages en une sorte d’hélice, vous donnez au tableau un mouvement ascendant autour de la croix, en train d’être dressée. Pierre porte son regard en dehors du tableau, accentuant mon impression de vertige. Il me cherche du regard pour me montrer la voie du salut.
A droite, la Conversion de Saint Paul, vous montrez Paul, surpris par la seule voix de Dieu, cloué à terre sous le regard du rude palefrenier et dominé par un imposant cheval pie qui occupe presque tout l’espace. Vous donnez à voir Paul, comme un jeune soldat athlétique dont l’épée repose dans un drapé rouge qui me renvoie aux flots de sang qu’il devait faire couler en se rendant à Damas. 

Vous souvenez-vous de Rome et de ma traque de vos tableaux au cœur de la ville ?

Moi je n’ai pas oublié.





1 commentaire:

  1. Un véritable jeu de piste alors se met en place, en quête des différents personnages, toute une partie des évangiles s'anime sous nos yeux à travers les peintures. Si toi tu ne l'as pas oublié, toi, tu nous les fais découvrir ! A travers postures et lumières, regard et interrogations on saisit ce que la peinture peut nous faire voir, imaginer.
    Attention cependant l'estivale des mots est un blog où la poésie essaie d'imposer sa forme ! Peut-être en ayant une écriture plus incisive, des retours à la ligne, un fil rouge que sur les personnages, ou ton émotion ? Veux-tu essayer de trouver une forme ? belle déambulation picturale en tous les cas, merci !

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